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Manifestations

Déplacement à l’ESOP de Paris

Le weekend du 30 août au 1er septembre 2019, nous sommes trois adhérents de Dinastro, Jean-Jacques Castellani, Alexandre Cazaux et moi-même, à nous être déplacé au 38ème ESOP, qui se tenait à l’Observatoire de Paris.

L’ESOP, c’est le symposium sur les occultations organisé chaque année dans un pays différent et qui réuni tous les spécialistes de la discipline. Cette année, c’était la 38ème édition mais c’était seulement la deuxième fois que cela avait lieu en France (la première édition en France avait eu lieu en 2004), d’où la chance et l’importance pour nous d’être présents à cette réunion. 80 participants (+ 20 en liste d’attente qui n’ont pas eu de place.) Cette 38ème édition a battu le record d’affluence pour un ESOP.

Voici le déroulement des événements auxquels nous avons participé.

Vendredi 30 août au soir :

- Pot de réception au café d’Oz, place Denfert-Rochereau. :
Sympathique moment pour faire connaissance avec les participants autour d’une bière.

Samedi 31 août matin :

- Session d’ouverture présentée par Thierry Midavaine (SAF)
- Présentation de l’Observatoire de Paris par Bruno Sicardy
- Présentation de l’association IOTA/ES par son président Konrad Guhl .

Nous avons ensuite participé à la session francophone de cette matinée où nous avons assisté à 4 exposés.

- Nous même : Présentation de l’association Dinastro, l’évolution de son matériel et ses résultats sur les occultations devant l’assistance.


- Lionel Rousselot (SAPC) : Présentation de solutions pour l’utilisation des cameras numériques pour les occultations, même si ces caméras étaient dédiées à un autre usage à la base.
- Jean-Paul Godard (Planète Science) : Présentation de l’association Planète Science, et du TJMS, le télescope de mission de 60cm de l’observatoire du Buthier, avec lequel Arnaud Leroy a notamment obtenu une occultation positive par le TNO Quaoar récemment.
- Jean-Marie Vugnon (Club Eclipse) : Présentation de solutions d’importation du temps dans les images d’occultations via le réseau NTP.

Samedi 31 août après-midi :

- Présentation du logiciel Tangra par son créateur Hirsto Pavlov :
Exposé de 2h montrant les fonctionnalités du logiciel Tangra de réduction des données pour les occultations d’étoiles par les astéroïdes

- Visite de la coupole Arago guidée par François Colas (IMCCE) :
Nous sommes très heureux d’avoir eu l’opportunité de découvrir cette coupole historique et sa lunette de 38cm de diamètre. D’autant plus que nous sommes passés par le toit terrasse de l’observatoire et son panorama sur Paris. Un très bon moment qui valait à lui seul le déplacement. La lunette est en parfait état de fonctionnement. François Colas l’utilise encore pour observer Jupiter et Saturne (le chanceux...) Il nous a confié que le seeing en plein Paris était excellent pour les planètes. Nous avons découvert également les dessous de la coupole avec la double araignée métallique construite sur le bâtiment d’origine, et qui permet de soutenir la lunette en compensant l’absence de pilier central dans la tour, et également de soutenir le plancher tournant (et oui, le plancher de la coupole tourne avec celle-ci...) Une conception complexe pour le 19ème siècle, surtout que l’ensemble a été électrifié ensuite au cours du 20ème siècle.

Samedi 31 août soir :

Dîner "couscous" au restaurant la Baraka :
Rue Daguerre à Paris. Très bonne ambiance parmi les 80 convives, où j’ai fait notamment la connaissance de Marc Serrau de Planète Science et du Suisse Raoul Berhend de l’Observatoire de Genève, avec qui nous mangions à la même table.

Dimanche 1er septembre :

Durant cette journée nous avons assisté à de très nombreux exposés dans la salle Cassini de l’Observatoire de Paris. Il est difficile de résumer tout ce qui a été abordé, toutefois, voici l’intitulé de chaque exposé avec une explication en quelques lignes, de chacun d’eux.

- Le réseau Lucky Star par Bruno Sicardy (Obs de Paris) :
Présentation du projet Lucky Star d’observation des TNO (objets trans-neptunien), avec notamment leur site internet de calcul des éphémérides pour les événements observables en un lieu donné, très pratique pour prévoir les occultations à faire chez soi ou à Dinastro.

- Besoins scientifiques demandés aux amateurs pour le réseau "Meudon, Rio, Grenade" par le brésilien Felipe Braga Ribas :
Une bonne opportunité pour participer à des travaux sur les occultations demandés par des scientifiques professionnels, et éventuellement voir son nom mentionné sur une publication.

- Modélisation 3D des formes d’astéroïdes par Dave Herald (IOTA Australie) :
Dave nous a présenté les techniques modernes de reconstitution des formes d’astéroïdes à partir de courbes de lumière en utilisant des algorithmes intégrant des formes soit convexes soit concaves. Il nous a sensibilisé aussi sur les différentes notions de "diamètre" d’astéroïdes, difficiles a trancher en cas de forme non sphérique. Le diamètre de volume équivalent ou le diamètre de surface équivalente qui n’ont pas forcement la même valeur, et qui sont obtenus par des techniques de mesures différentes. Lorsque plusieurs silhouettes sont théoriquement possibles à partir des observations de courbes de lumière, les occultations d’étoiles peuvent déterminer laquelle des formes possibles est la bonne. Exemple avec (51) Nemausa, dont les occultations d’étoiles ont permis de trancher entre les différents modèles.

- Réseau RECON par Rodrigo Levia (USA) :
Présentation du réseau RECON d’observation des TNO binaires, ou multiples. Par exemple comme Chariclo qui possède des anneaux ou comme Haumea qui possède des satellites. Ce sont des objets atypiques et passionnants, très intéressants à suivre lors d’occultations d’étoiles. Il faut déployer toute une ligne de postes d’observation pour obtenir les passages des différentes ombres créées par ces objets multiples.

- Le Groupe Sabadell par Carles Schnabel (Espagne) :
Présentation de ce groupe d’observateurs assidus, situé de l’autre coté des Pyrénées, en Catalogne et en Aragon, et qui est souvent sur les mêmes événements que nous à Dinastro.

- Observations de 26 positives en 17 mois par Jiri Kubanek (République Tchèque) :
Voilà une observateur vraiment passionné ! Il nous a présenté toutes ses dernières observations. En seulement 17 mois, il a effectué 36 voyages en itinérant autour de chez lui en République Tchèque, cumulant plus de 12000km (soit 360km en moyenne par voyage) pour aller installer son matériel sur le passage des occultations les plus favorables. Résultats de cette campagne : 26 positives. Chapeau !

- Campagne d’observation de l’astéroïde (156) Xanthippe par Tim Haymes (Royaume-Uni) :
Cet astéroïde (156) Xanthippe, dont la courbe de lumière est très complexe a été l’objet d’une grosse campagne d’observation en Angleterre afin de déterminer sa forme exacte lors de l’occultation du 29 octobre 2018. Grâce aux amateurs mobilisés, 15 cordes positives ont été obtenues lors de cet événement.

- 40ème anniversaire de la section d’observation d’occultations de Pologne par Wojciec Burzynski :
Présentation de ce groupe d’observateurs polonais existant depuis 40 ans, et produisant chaque année de très nombreux rapports d’occultations.

- Suivi des transits d’exo-planète par Bernd Gährken (Observatoire de Bavière en Allemagne) :
Exposé sur les techniques accessibles aux amateurs pour l’enregistrement de courbe de lumière lors des transits d’exo-planètes. Présentation du site Internet ETD (Exoplanet Transit Database) permettant de connaître les éphémérides des transits observables.

- Eclipse totale de soleil du 2 juillet 2019 par Konrad Gulh (IOTA/ES) :
Les péripéties d’un voyage en Amérique latine pour l’observation de cette éclipse. La totalité durait seulement 8 secondes !

- Observation d’occultations en Algérie par Djounai Baba Aissa :
Cet Algérien a bien du mérite à pratiquer cette activité dans son pays où la législation interdit quasiment aux particuliers de posséder un télescope. (Seul un organisme peut en posséder.) Il a créé un réseau d’observateurs avec des étudiants d’Alger. Équipés de matériels modestes, ils traquent les occultations dans le désert. Ils étaient notamment présents à Tamanrasset lors de la campagne d’observation de l’occultation par Ultima-Thulé du 3 août 2018, mais ils n’ont pas eu de chance car le temps a été nuageux. Cette observation avait été commandée par le JPL de la Nasa pour préparer le survol historique de ce TNO par la sonde New-Horizon en janvier 2019. (Voir aussi l’exposé ci-dessous de François Colas.)

- Tentative d’observation de l’occultation par Ultima-Thulé au Sénégal par François Colas (IMCCE) :
Ultima-Thulé est un astéroïde transneptunien qui a été survolé par la sonde New Horizon en janvier 2019. Sa nature double, en forme de cacahuète, avait été mise en évidence lors de l’occultation du 17 janvier 2017 en Argentine où 5 cordes positives avaient été enregistrées. Lors de cette nouvelle occultation prévue le 3 août 2018, la trajectoire de l’ombre d’Ultima-Thulé était transatlantique. Trois campagnes d’observation on été menées en Colombie, au Sénégal et en Algérie pour suivre cet événement. L’histoire retiendra que les cieux africains n’ont pas été cléments pour cette observation, car seuls les observateurs situés en Colombie ont obtenus 2 cordes positives qui ont tout de même permis de mieux connaître la forme de l’astéroïde avant son survol par New-Horizon. Malheureusement pour François Colas qui faisait parti des 25 observateurs qui avait fait le déplacement au Sénégal pour suivre cette occultation, le ciel est resté nuageux à l’heure prévue...

- Retour sur l’occultation par Triton du 5 octobre 2017 par Joana Oliveira (Obs. de Paris) :
85 observateurs, dont Dinastro, ont suivi cette occultation historique du satellite de Neptune. Ces observations ont notamment mis en évidence un pic central de luminosité au moment de l’occultation du à l’atmosphère de Triton. Le résultat de cette campagne confirme les mesures de la sonde Voyager 2 qui avait découvert l’existence de cette atmosphère lors du survol de 1989.

- Observation d’occultations depuis un tipi par Vagelis Tsamis (Grèce) :
Voilà qui est pour le moins original. Description de la construction d’un tipi indien dédié à l’observation des occultations lunaires et stellaires.

- Nouvelles caméras QHYCCD par Qiu Hongyun (Chine.) :
Monsieur Qiu en personne, alias le dirigeant de l’entreprise chinoise QHYCCD, nous présente sa caméra QHY174 dédiée aux occultations, qui intègre un module GPS à l’intérieur, permettant de dater directement les images. Par ailleurs, il a annoncé également qu’à l’avenir, contrairement à la QHY174 qui intègre le module de datation GPS, les prochains modèles de caméras commercialisés par la firme n’auront plus ce module intégré, mais un port dédié au GPS, et un boitier GPS qui sera vendu à coté.

- Nouvelle approche sur les occultations après la mission Gaïa par João Ferreira (Université Cote d’Azur) :
La publication du catalogue Gaïa DR2 va permettre de réduire considérablement les marges d’erreur sur les prévisions d’occultations. João Ferreira nous présente ici un projet de télescope robotisé dont le prototype se trouve à l’observatoire de Calern près de Nice. Son projet est d’installer tout un réseau de télescopes de ce type qui pourront enregistrer les occultations d’étoiles de manière automatique.

- Observation d’occultations avec un eVscope d’Unistellar (Franck Marchis par liaison téléphonique) :
L’ eVscope est un télescope commercialisé par la société Unistellar. Il est équipé d’un amplificateur optique intégré permettant d’augmenter la luminosité des objets célestes sur le même principe que le visuel assisté. C’est très pratique pour l’observation visuelle du ciel profond, mais il peut aussi être utilisé pour enregistrer des occultations sur des étoiles de magnitude faible. Le fondateur d’Unistellar, Franck Marchis nous a présenté ici son produit dans ce but.

- Les prévisions d’occultations les plus importantes en Europe pour 2020 par Oliver Klös (IOTA/ES Allemagne) :
Oliver nous parle des principaux événements célestes à ne pas rater en 2020. Je n’ai malheureusement pas retenu les dates mais on doit pouvoir les retrouver. Il y a ceux qui occultent des étoiles très brillantes dont on doit pouvoir mesurer le diamètre stellaire car la courbe de descente et de remontée de lumière n’est pas verticale. Il y a ceux dont le temps d’occultation est très long, au delà de la minute. Il y a ceux dont la taille de l’ombre est très large. Enfin, il y a les occultations qui concernent des astéroïdes qui possèdent des satellites, le challenge consistant à détecter l’ombre des satellites. Une date tout de même, le 21 décembre 2020 aura lieu une conjonction entre Jupiter et Saturne à moins de 6’ entre les deux planètes.

- Les principaux événements concernant les TNO en 2020 par Josselin Desmars (Obs. de Paris) :
Josselin nous présente les principales occultations par TNO prévues en 2020. Tous ces événements sont à retrouver sur le site Internet du réseau Lucky Star.

Bilan :

Ce fut un week-end très positif pour Dinastro dont la visibilité en sort grandie dans le monde des observateurs d’occultations. Notre poster qui figurait en bonne place au milieu des autres y est pour beaucoup. Par ailleurs je suis très heureux d’avoir fait la connaissance de Thierry Midavaine qui pourra ainsi mettre des visages sur l’équipe Dinastro, et je suis fier d’avoir participé à ce symposium aux cotés d’astronomes professionnels de renom comme François Colas et Bruno Sycardy.

Ce fut aussi une grande émotion à être présent dans ce bâtiment historique de l’observatoire de Paris, construit à la demande de Colbert sous le règne de Louis XIV. Il est impossible de ne pas penser aux astronomes prestigieux qui ont déambulé dans les salles et les escaliers de ce bâtiment. Cassini, Lalande, Mechain, Arago, Le Verrier, etc... La salle Cassini où nous étions est marquée au sol du méridien de Paris. Nous étions assis de part et d’autre de celui-ci. La table où l’on buvait le café était également alignée au-dessus du méridien. En haut de la salle coté sud se trouve un orifice par où entre la lumière du soleil, permettant de déterminer chaque jour le moment du midi vrai.

Ce fut donc un grand plaisir de fouler le sol de ce lieu chargé d’histoire.

Quelques photos supplémentaires visibles ci-dessous :

info portfolio

Introduction musicale du symposium Les posters dans la salle Cassini Pause café avec la table alignée sur le mériden La salle Cassini Le sand QHYCCD La coupole Arago Coté ouest du batiment de l'observatoire Jean-Jacques Castellani Yves Argentin Alexandre Cazaux François Colas L'ouverture de la coupole La lunette de Paris Les dessous de la coupole Coupole Arago Coupole Arago depuis le toit terrasse Coupole Arago Jean-Jacques devant les hublots La grande lunette de Paris Vue sur Paris à travers un hublot

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